Née : 14 juin 1930

Profession : 9 mars 1952

Décédée : 11 janvier 2026

Sœur Nicole Sarah est née à Paris dans le 12e arrondissement, fille de Isaac et de Fania, tous deux d’origine juive, russe pour son papa et polonaise pour sa maman. Dans sa famille on parlait le yiddich. En juin 1940 c’était la guerre, Nicole a connu la persécution nazie… a porté l’étoile jaune par laquelle on reconnaissait les Juifs qui étaient poursuivis. Elle a connu la fuite, l’exode puis le retour à Paris 3 semaines après, mais en l’absence de son père. Elle se souvient du « jeudi noir » le 16 juillet 1942, la rafle du Vel’d’hiv où on ramassait les femmes et les enfants Juifs, elle n’avait que 12 ans, mais sa mémoire n’a rien oublié.

Un jour à 4 h du matin les policiers ont frappé à l’appartement : Nicole et sa maman sont emmenées au commissariat de Police, juste une petite valise emportée… Nicole a pu ressortir parce qu’elle était naturalisée française, mais sa maman a été prise…. C’était le dernier adieu à sa maman. Des années plus tard, peut-être en 1984, grâce au livre de Serge Kartsfert elle a appris que sa mère était morte le 7 août 1942 dans les chambres à gaz d’Auchwitz, au même moment qu’ Edith Stein (Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix) morte le 9 août en ce même lieu. On peut imaginer quelle a été la souffrance secrète de Nicole pendant toutes ces années où elle ignorait tout de sa mère.

A 13 ans , Nicole a pu rejoindre son père qui s’était enfui en Auvergne à Puy Guillaume. C’est là qu’elle s’est retrouvée dans une école, avec un groupe d’Ames Vaillantes : chants, danses… dirigés par un prêtre qui lui a dit : « Jésus était de la race d’Israël, sa mère était juive comme toi… » Après la guerre en 1945, Nicole retrouve Paris. Un emploi de steno-dactylo dans une entreprise lui permet de gagner sa vie. Mais chaque été, elle rejoint ses amis des Montagnes d’Ambert et participe comme monitrice aux colonies de vacances organisées. Ce qui lui permet de garder des liens avec les paroissiens de Puy Guillaume.

 Nicole a attendu longtemps le baptême qu’elle désirait, mais elle n’était pas majeure, il fallait l’autorisation de son père qui refusait. C’était l’évêque du Puy en Velay qui devait lui donner le baptême et la confirmation. Mais c’était la guerre, les routes étaient coupées, il était dangereux de circuler… alors finalement elle a reçu le baptême et la communion par le curé de la paroisse le 11 août 1944. Elle avait 14 ans. Quelles merveilles le Seigneur fit pour elle ! N’est-ce pas significatif que Nicole ait rendu son âme à Dieu le jour où on fêtait le baptême de Jésus, ce dimanche 11 janvier 2026?

Le désir de Nicole était d’aller soigner les lépreux. Elle désirait être « Sœur » et demandait à son père un acte d’émancipation : elle avait 17 ans. A la mort de son père elle avait 18 ans, elle était donc libre. Et grâce à un prêtre Mariste de Riom, Nicole a fait sa demande pour entrer chez les SMSM où elle est arrivée le 24 septembre 1949 accueillie par Sœur Marie Bruno, maîtresse des novices à Ste Foy lès Lyon. Sœur Nicole a gardé une grande reconnaissance envers Sœur Marie Bruno qui a su la comprendre disait-elle et l’aider à s’adapter à cette nouvelle vie comme postulante puis novice.

C’est là qu’elle a fait sa première profession le 9 mars 1952 à Ste Foy lès Lyon. Heureuse de se donner, Nicole est envoyée pour 2 ans à Hydra en Algérie où elle participera à l’enseignement à l’école des Soeurs. En 1954 Nicole est envoyée à Wallis à Malaetoli comme enseignante puis comme directrice. Quelle joie quand en 1959 elle peut présenter les premiers élèves au certificat d’études. En 1965 on lui demande deux années de service à l’école Ste Jeanne d’Arc aux Nouvelles Hébrides.

De 1968 à 1972 elle se retrouve à l’école de Malaetoli, enseignante chevronnée qui permet aux élèves de tout le district de progresser rapidement. Mais l’année 1974 la verra mettre ses dons comme directrice à l’école St Joseph de Bourail en Nouvelle Calédonie. Et en 1977 elle prend la direction de l’école catholique de Thio jusqu’en 1983, où Nicole est envoyée à l’école Notre-Dame à La Foa. Elle y restera jusqu’à sa retraite en 1996.

Mais la retraite n’est pas un temps de repos pour Nicole. On lui demande un service de Congrégation comme Econome Régionale. En même temps elle assure des heures de catéchèse dans deux collèges publics. Puis de 1999 à 2014 elle prend la responsabilité du CERN (Centre d’Enseignement Religieux ou librairie religieuse) à Nouméa, derrière la Cathédrale. Selon son temps libre, elle est bénévole pour accueillir, à la prison au Camp Est, les familles qui viennent visiter leurs détenus

Malheureusement la santé de Nicole se ressent de toutes ces activités. En 2020 un AVC soudain l’a conduite à l’hôpital. Elle retrouvera la santé mais avec quelques séquelles. En 2023 elle est accueillie dans la communauté du Mont-Mou à Nazareth. Elle profite du site pour marcher, se promener dans les alentours. Toujours très matinale, on la voit au petit jour déjà sur le banc de la maison d’accueil.

Le 10 décembre 2025 Nicole est hospitalisée pour une infection. Elle revient le 2 janvier 2026, bien diminuée : elle ne se lève plus et ne s’alimente plus seule. Les infirmières libérales et les Sœurs, se relaient auprès d’elle avec beaucoup d’attention et d’affection.

Dimanche dans l’après-midi son état devenait inquiétant, Sœur Lasela, responsable de la communauté a réuni les Sœurs du Mont-Mou auprès de Sœur Nicole, afin de renouveler ses vœux et de confier à Marie ses derniers instants. A 20h30 dimanche soir, Nicole a rendu son âme à Dieu.

Merci Nicole Sarah pour ce que tu as été avec courage et générosité sur cette terre. Peut-être que nous n’avons pas toujours su te comprendre, ton parcours nous était inconnu… Que le Seigneur nous pardonne et t’accueille avec toute sa bonté et son amour. Qu’aujourd’hui des jeunes filles aient le courage de se mettre en route, comme toi, en toute confiance, pour suivre

Jésus le Fils bien-aimé, qui a fait toute la joie du Père. (Mt, 3, 17)

Sœur Marie Ida Briffod